Rencontre avec Gopal Dagnogo

Gopal Dagnogo sera présenté à Art Paris Art Fair en septembre 2021. Lors d’une visite de son atelier situé Quai de l’Oise dans le 19e arrondissement de Paris, Gopal Dagnogo nous partagea son regard sur son œuvre.


Quel est votre processus créatif ? Comment composez-vous vos toiles ? Qu’utilisez-vous pour créer ?


Lorsque je crée il s’agit avant tout de m’amuser. J’aime laisser place au hasard: je commence par peindre un fond en improvisant, ensuite j’observe et je recherche comment l’exploiter. J’aime l’immédiateté de la peinture. La sculpture ce n’est pas le même rapport à l’espace et au temps, ce n’est pas non plus la même énergie. Les processus de création en sculpture sont beaucoup plus lents. J’ai expérimenté cela lorsque je travaillais le bronze au Burkina Faso. Or ma démarche artistique obéit à une forme d’urgence. C’est pourquoi la peinture acrylique est idéale.


Les animaux de basse-cour, le mobilier ou certains produits de consommation sont des motifs qui apparaissent fréquemment dans votre œuvre, pourquoi choisissez-vous ces objets en particulier ?


Grandir en Afrique c’est être immergé dans un environnement où les animaux sont présents, jusque dans les centre-villes. À Abidjan, il est commun de rencontrer des poules au détour d’une rue, même dans les quartiers chics. Ces animaux appartiennent au décor. J’aime les intégrer à mes compositions aux côtés d‘éléments qui évoquent un univers plus bourgeois. Cela produit l’impression de désordre qui est caractéristique de mes œuvres. C’est aussi une référence à la catégorie de personnes nouvellement riches qui, en Afrique, manifestent leur réussite économique tout en conservant un mode de vie plutôt caractéristique des milieux populaires et ruraux. […]

Le mobilier que je peins renvoie à cet imaginaire bourgeois. En Afrique particulièrement, j’ai remarqué que, dès que l’on accède à un certain niveau social, les meubles style empire ou les copies de meuble Louis XVI sont la référence. Posséder ce style de meubles, c’est un moyen de montrer sa richesse. Pour moi, il s’agit aussi d’une manifestation de l’aliénation coloniale. En effet, pendant plusieurs siècles, les cultures ont été étouffées par une culture venue d’ailleurs qui a imposé de nouvelles représentations. J’observe néanmoins qu’une volonté de renouer avec la tradition s’affirme de plus en plus. Il s’agit en quelque sorte d’un retour vers soi-même qu’il ne faut pas voir comme un repli ou un enfermement mais simplement comme une réappropriation de ses valeurs et de sa culture.

Pour ce qui est des objets de consommation, je souhaite rendre un hommage à la banalité du quotidien en peignant ces natures mortes. Aujourd’hui nous vivons dans une société où l’on ne prête plus attention aux choses : on prend, on jette et on continue. Moi je donne une place à ces objets dans mes toiles.



Propos recueillis par Flavie Dannonay, le 26 mars 2021



Dining room n°1, 
acrylique sur toile,  150 x 150 cm, 2021
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